Le témoignage de Nadège, de la région Lyonnaise, en vacances en Nice le 14 juillet 2016.
Quelques mots sur vous...

Je vis en région Lyonnaise avec mon mari et nos deux adorables enfants. J’ai passé toutes mes vacances d’enfance dans la région de Nice. Mes souvenirs sont colorés d’images de fête, d’œillets, de chars et de mille couleurs lors des feux d’artifice de Nice.Aujourd’hui, Nice est une ville où j’aime emmener ma famille.Nous y allons régulièrement. Je m’y ressource et nous sommes tous charmés par ses belles couleurs, son architecture, le Vieux-Nice, la Mer, la plage et ses galets typiques.

Où étiez-vous et que faisiez-vous le soir du 14 juillet 2016 ?

En weekend avec mon mari à Nice ; besoin de nous retrouver tous les deux, dans un lieu qui nous fait du bien !Nous avons admiré le feu d’artifice sur la Promenade des Anglais dans la foule ravie par le spectacle majestueux.

Comment avez-vous appris la nouvelle de l’attentat ?

Une fois le feu terminé, nous sommes partis bras dessus bras dessous.Un vent frais nous fait accélérer le pas. Nous remontons la Promenade des Anglais, à pied, l’admirant parée de ses belles couleurs dorées de la nuit. Puis, nous rencontrons le camion.Dans un sursaut d’attention ; je devine ce qu’il se passe et me mets sur le côté. Je dis à mon Mari « qu’un camion fou nous fonce dessus ».Il met quelque temps à réagir (car je n’ai pas le réflexe de l’emmener avec moi sur le côté). Je ne peux pas crier, je ne peux plus bouger.Mon Mari évite le camion, devant moi, quand tant de personnes, autour de nous, n’ont pas pu le faire. Cela est et reste insoutenable.Nous avons ensuite couru dans la panique pour nous mettre en sécurité dans notre hôtel non loin. Nous sommes restés là, sans comprendre, sans information pendant la première heure qui a suivie.Un bruit de sirènes et d’hélicoptère n’a pas cessé de la nuit.Une nuit de tragédie.

Comment, Quand et Pourquoi avoir réalisé cet hommage ?

J’ai écrit ce texte neuf mois plus tard.Neuf mois d'apnée et d'asphyxie.Il me fallait trouver la force de revenir à Nice pour lui redonner vie, la retrouver telle que je l'aime et la connais.Cela m’a pris neuf mois de prise en charge pour y arriver.Nous sommes revenus tous les deux, non sans émotion, et avons lu ce texte face à la mer.C’était une première façon de rendre hommage à toutes les victimes car d’autres ont suivi et suivront à jamais.Nous n’oublions et n’oublierons pas.Ce texte est là pour témoigner et partager car ensemble, dans l'écoute et la bienveillance, nous sommes plus forts.

Aujourd'hui, quel est votre sentiment ?

Cette nuit m’a fait perdre mes repères, mon identité propre, a ébranlé mon schéma de vie. Des mois tourmentés ont suivi.La confusion, la tristesse, la peur, la colère et bien d’autres sentiments m’ont animée et reviennent au fil du temps et de l’actualité.Mais aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain, mes enfants et ma famille me donnent la force  d’aller plus loin ; de chercher des ressources nouvelles même si le chemin est long.Le deuxième anniversaire de cette tragédie a été pour moi le premier car le temps s’est figé l’espace d’une année. J’ai dû arrêter mon activité professionnelle pour me recentrer sur l’essentiel, ma famille, pour ne pas la perdre au détour de l’acte d’un fou.Mes sentiments sont emmêlés mais le sentiment principal que je cultive chaque jour un peu plus, est l’ouverture vers l’autre pour un monde meilleur.

Le premier mot qui vous vient à l'esprit quand vous pensez à l'attentat ?

Je ne saurai quel mot choisir. Ils font tous mal et ne méritent pas d’être cités. Par contre, je souhaite donner le mot  « espoir » pour une vie où l’humanité se mobilise contre la radicalisation et où les devoirs de mémoire et d’accompagnement des victimes sont respectés avec dignité & respect.

Espoir

L’hommage écrit par Nadège :

 

14 juillet 2016
Feu d’artifice majestueux sur une baie des Anges majestueuse et intemporelle.
Un vent frais nous fait accélérer le pas pour rentrer.
Bras dessus bras dessous sur cette belle Promenade des Anglais.

Nizza la Bella ; voilà ton nom ; celui qui résonne quand je pense à toi ; rayonnante sous le soleil ; verdoyante par ses palmiers et Bleu Azur par ses plages.
A toi appartient une partie de mon enfance ; une part de moi ; de mes souvenirs de vacances ; de carnaval avec ses chars ; de chaleur ; de douceur de vivre ; d’insouciance ; de liberté.

14 juillet 2016, comme de coutume, un feu d’artifice magnifique dont les éclats sont à jamais gravés dans ma mémoire. Dernière image que certains ont vu quand moi, j’aurais la chance d’en voir d’autres. D’autres feux, il y en aura, mais à jamais celui-ci demeure. Aujourd’hui moins douloureuses ; les images restent gravées, redeviennent doucement belles quand elles me projetaient dans un abîme sans fond, torturé, noir, sinueux.

Me voici dressée face à toi, 9 mois plus tard, Promenade de mon Enfance, pour te rendre l’image de la Vie, souillée l’espace d’une nuit par un Fou….
Un camion fou nous fonce dessus…. Sursaut d’attention, intuition, connexion aux éléments…. Peu importe le fond et/ou la forme, tels ont été mes mots à l’approche du camion, des mots qui ont résonné dans tous les journaux de France pendant des semaines ; des mots qui nous ont sauvé quand d’autres tombaient fauchés.

Nuit improbable ; insoutenable. Cauchemar éveillé, cauchemar qui a perduré… A chacun son ressenti d’une expérience qui ne devrait pas exister.
Certes, mais elle a bien été réelle et s’est depuis reproduite en d’autres lieux. La nature humaine comprend du bon et du mauvais. Certes, l’homme est capable du pire. Il existe toutefois une différence entre vivre cette expérience et savoir qu’elle est arrivée en d’autres lieux à d’autres. Savoir accepter et faire la différence entre savoir et subir.

Car le corps et l’esprit subissent une telle expérience. Cauchemar pour les uns, surenchère du besoin de vivre, d’être entourés, de ne pas s’arrêter pour d’autres.  Continuer, Continuer pour tous. A chacun sa façon de continuer. Accepter en premier lieu. Recevoir l’émotionnel. Confusion sur le plan de la compréhension, sidération sur celui des émotions. Laisser le temps faire son office quand le temps épuise et pousse corps et esprit dans leurs retranchements les plus profonds.

Survivre, intégrer pour mieux dépasser le retentissement de l’expérience. Mes souvenirs auditifs ne sont toujours pas là mais pour toujours le bal des corps se joue dans ma mémoire. Une danse macabre quand la Danse donne un sens à mon existence par ailleurs. Quelle dualité. Comment supporter la mort d’enfants ; de ce fils devant nos yeux ? Mort ou pas ? Combien j’aurais voulu le prendre, l’enlever, l’élever, crier, l’alerter. Accepter de ne pas l’avoir fait, de ne pas avoir eu les moyens de le faire. Embrasser aujourd’hui ce corps qui n’est plus sur cette place. Je me poste là pour mieux accompagner ce que j’aurais voulu faire pour prévenir ou réparer l’atrocité de ce qui arrivait.

Consoler, crier, appeler les secours, appuyer ou panser une plaie. Je ne l’ai pas fait.
J’ai fui pour la Vie mais aujourd’hui je reviens pour m’asseoir et prendre le temps du souvenir et de l’accompagnement. Pas l’oubli ; jamais. Une communauté est née cette nuit du 14 juillet 2016. Une communauté de personnes aujourd’hui encore blessées physiquement, psychiquement, à jamais perdues pour 86 d’entre elles ; en reconstruction pour beaucoup.

Je suis cette communauté et veut porter la Vie ; la sentir vibrer de nouveau sur cette Promenade des Anges. Je suis là pour briser la terreur et la noirceur : lever le voile de la misère humaine qui marquera à jamais Nizza la Bella. Nous nous dressons face à la mer pour rendre hommage à cette grande communauté de la Promenade des Anges qui s’étend au-delà des frontières et de l’évènement.

Mes pensées encore troublées, le sont d’autant à la lecture de ces mots, sur cette place, anonyme, mais bien présente pour la première fois depuis l’été 2016.
Je reste physiquement et psychiquement connectée au lieu et à l’évènement.
Connectée oui, pour toujours, mais aujourd’hui avec une certaine liberté retrouvée pour mieux œuvrer et continuer à œuvrer pour la Vie, pour tous ceux qui l’ont perdue, pour tous ceux qui ont laissé une part d’eux, de leur insouciance, de leur liberté.

Mes derniers mots seront pour tous avec une pensée particulière pour les 86 victimes et leurs familles, messages que je crie, que j’hurle en silence, que j’arrache à ma cage thoracique, que je lance à l’horizon pour qu’ils résonnent en ricochets à l’infini :

Amour
Vie
Danse
Famille
Amis
Ensemble
Anges
Beauté
Azur
Promenade
Fête
Feux d’artifices
Joie
Rires

Non à la terreur
Accepter la Peur
Accepter la Tristesse
Accepter la Colère
Se Souvenir
Reconstruire
Se relever
Ne pas oublier
Vivre
Ensemble
Éternité
Tendresse
Légèreté
Liberté

Nadège une amoureuse de Nizza en hommage à la vie

La page originelle de l’hommage de Nadège