Hommage en provenance de : Nice

Texte écrit par Juliette Gros.
(Publié avec son aimable autorisation)

Elle ne vivait que d’insouciance. Ne pensait qu’à la température de la mer, à la couleur du ciel et à l’odeur de ses plantes. Qu’aux apéros interminables et aux petits matins lumineux qui suivent les nuits blanches.

Coquette de toujours. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ; personne ne répondait jamais à la question.

Elle en oubliait bien ses quelques défauts, les verrues qui lui poussent par derrière, son désordre chaotique, et ses amitiés politiques douteuses. Mais celui qui prenait le temps de l’attendre et de l’atteindre lui pardonnait tout, et se trouvait piégé pour longtemps dans ses charmes.

Elle cherchait juste à garder l’équilibre sur ses galets, et n’emmerdait personne.

Et pourtant aujourd’hui, elle a été défigurée en plein visage, bafouée, violée, saignée, déchiquetée, tuée.

Petite ville bleue, petite bulle de lumière, au bout du pays et des voies de chemin de fer, toi loin de tout, fière mais si peu courageuse, sauras-tu cette fois te révolter ? Sauras-tu dire non, sauras-tu crier ?

Reste d’abord celle qui suspend le temps si bien que les années passent sans qu’on les compte.
Reste celle qui surgit dans le noir la nuit quand on descend des corniches, éblouissante même dans l’obscurité, merveille blottie dans un creux de montagnes.
Reste celle qui a amené la lumière aux peintres.
Souffle encore l’air qui longe tes rues, l’air qui s’engouffre aux angles, l’air qui remonte vers le nord les soirs d’été, l’air de la mer tout simplement, celui qui colle, celui qui laisse une petite odeur, jusqu’au lendemain.

Mais deviens ensuite intelligente, réfléchis, analyse, et soulève-toi.

Et si tu n’es pas assez forte, ma petite Catherine Ségurane, alors nous tous qui t’habitons et qui t’aimons, avec nos armes à nous, nous te le promettons, nous te vengerons.

Juliette Gros, 19 juillet 2016